Léonor de Récondo

Léonor de Récondo est une artiste aux multiples talents. Dès l’âge de cinq ans, elle s’initie au violon, instrument qui la mènera sur les scènes françaises et internationales, notamment dans le répertoire baroque. En 2010, elle publie son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, marquant le début d’une carrière littéraire saluée par la critique. Amours (2015) est récompensé par le Grand Prix RTL-Lire et le Prix des Libraires, et Point cardinal (2017) est lauréat du Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama. Léonor de Recondo est une virtuose qui manie aussi bien l’archet que la plume, offrant des récits empreints de sensibilité et de profondeur. Son nouveau roman est une irrésistible partition poétique.
Elle s’appelle Enriqueta. Sa vie bascule le 18 août 1936, quand en quelques minutes elle doit fuir avec ses enfants la maison familiale d’Irún menacée par les franquistes. Sa terre, son quotidien, Enriqueta perd tout. Sa petite-fille, Léonor, naît française, loin du drame originel, et son aïeule ne sera pour elle qu’une figure austère brièvement croisée. Presque un siècle plus tard, en 2022, lorsqu’une loi espagnole permet aux descendants d’exilés politiques d’obtenir la nationalité perdue, Léonor décide d’entamer des démarches. Devenir franco-espagnole la questionne sur sa filiation. Qu’a-t-elle reçu, que veut-elle transmettre ? Pourquoi tourner et retourner une terre emplie de fantômes ? Tissant bribes de conversations, souvenirs d’enfance et regard poétique, Léonor de Récondo se fraie un chemin vers celles et ceux que la guerre civile a voulu effacer. Elle rend aux disparus leur voix, et à Enriqueta son mystère. La littérature ou le pays retrouvé, territoire de l’amour.


Août 2023, Léonor de Récondo prend la parole à Lagrasse, dans les Corbières, où le Banquet du livre s’attache alors à explorer la question des générations et de leurs dialogues. Elle relève le défi : faire parler une voix qui en elle ne s’est jamais tue, aller chercher ce qui se niche dans une mémoire reçue, entre silences et refoulements.
Au départ il y a le souvenir d’un souvenir, avant même que le violon ne s’impose à elle comme l’instrument d’une histoire qui lui sera propre. Elle a quatre ans, lorsque son père, le peintre Felix de Récondo, lui raconte son exil d’Espagne (il a alors quatre ans lui aussi), fuyant, avec sa mère et ses frères, la guerre civile et la menace de l’arrestation. Il a retenu la date, le 18 août 1936, la même que celle de l’assassinat du poète Federico García Lorca. De fille en père, entre la musicienne et le peintre, se dévide l’archéologie d’une mémoire trouée – incorporée. En 2015, à la mort de son père, Léonor de Récondo, Française par sa mère, se pose la question de demander la nationalité espagnole. Motivée par une loi votée par le gouvernement de Pedro Sánchez en 2022 qui garantit les droits des victimes de la guerre civile, elle décide de se lancer dans les démarches. Commence alors une longue et éprouvante errance sur le site Internet du consulat d’Espagne, entre justifications et documents fantômes à fournir. Et c’est au bout du compte une ultime humiliation qui vient clore la démarche car « il ne suffit pas de perdre, encore faut-il le prouver ». Entre les gravures de Goya (Les Désastres de la guerre) et celles de son père (les Prisons, reproduites dans ce livre), Léonor de Récondo lie les mots et les souvenirs, la littérature et la mémoire.
Goya de père en fille, deuxième titre de la collection « Les arts de lire », sortira en même temps que son roman Marcher dans tes pas à L’Iconoclaste, en août 2025.

